AVS 21: ce sera encore non!

visuel : Charlotte Passera

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Mercredi 15 décembre, le Parlement a approuvé l’élévation de l’âge de la retraite des femmes. Une large coalition lancera le référendum contre ce projet antisocial !

Des cacahuètes pour la génération transitoire
Après de nombreux allers-retours entre les deux Chambres, c’est finalement le modèle du Conseil des Etats qui a été retenu. Il prévoit un supplément allant de 50 à 160 francs pour les femmes qui se trouveront à moins de 9 ans de la retraite lors de l’entrée en vigueur prévue en 2023, à condition qu’elles partent à 65 ans. Le système échafaudé est progressif-dégressif, ce qui signifie que seules deux cohortes de femmes toucheront le supplément complet. Ainsi, pour la moitié des femmes de la génération transitoire, AVS 21 se traduira par une baisse des rentes et l’augmentation de l’âge de la retraite, comme pour toutes les autres…

Référendum: et de trois !
Le référendum contre AVS 21 est acquis. Il sera lancé par une coalition large comprenant les syndicats, les partis de gauche et la Grève féministe. Pour la troisième fois, la population sera appelée à se prononcer sur l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes – après le rejet de la 11e révision de l’AVS en 2004 et celui de Prévoyance vieillesse 2020 en 2017. La récolte des signatures ne devrait pas être trop ardue, mais le référendum est loin d’être gagné. Nous devons nous préparer à une bataille d’envergure, car la droite mettra tout en œuvre pour gagner: imposer la retraite à 65 ans aux femmes est, à ses yeux, le cliquet à faire sauter pour ensuite imposer les 67 ans à tout le monde. D’ailleurs, les partis bourgeois sont à l’offensive: les Jeunes libéraux radicaux ont déposé une initiative et la majorité du Parlement a mandaté le Conseil fédéral pour préparer une nouvelle réforme de l’AVS, dès 2026.

Féminisme des 1%
Au-delà des moyens financiers, la droite va mobiliser ses politiciennes pour plaider en faveur des 65 ans – et cela, au nom de l’égalité ! À l’image de la conseillère nationale PLR, Regine Sauter, qui affirme: « La gauche ignore le fait que les femmes ont aujourd'hui les mêmes chances de départ que les hommes. Personne ne devrait me dire qu'il y a encore des désavantages structurels. Il est crucial que nous, les femmes, le disions aussi: dans la formation, dans le choix d'une carrière, dans la répartition des tâches. Nous sommes bien plus avancés aujourd'hui, ne serait-ce qu'avec les offres pour la garde extrafamiliale des enfants. Aujourd'hui, si un couple le veut, il peut s'organiser »[1]. Mme Sauter semble ignorer le niveau des salaires touchés par les personnels de l’accueil de l’enfance. Et encore davantage celui des nounous, des femmes de ménages, des livreurs et livreuses de courses et de repas à domicile – et des autres personnels qui déchargent cette politicienne bourgeoise des tâches domestiques, éducatives et de soins pour qu’elle puisse se consacrer à sa carrière. Non, nous n’avons pas toutes les mêmes chances. Non, il ne suffit pas de le vouloir pour le pouvoir. Mme Sauter défend un féminisme des 1%, qui ignore la réalité des autres 99%. Le référendum sera l’occasion de nous opposer à l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes, mais aussi de lutter contre un féminisme élitaire qui laisse de côté la majorité des travailleuses.

Les feuilles référendaires seront prochainement finalisées et téléchargeables sur notre site internet !


[1] NZZ, 4 décembre 2021.